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Critique de la mondialisation par Joseph Stiglitz

jeudi 1er septembre 2016 par Aboubacar

Aboubacar Dramé, TES2, 2007-2008

Présentation du document

Ce document écrit, intitulé « Joseph Stiglitz, critique de la mondialisation néolibérale », est un article extrait de la revue mensuelle Alternatives économiques (numéro 265) de janvier 2008 et écrit par Gilles Dostaler. Il aborde, à travers les critiques de Stiglitz, le thème de la mondialisation, plus précisément la manière dont elle est mise en œuvre.

Définition de la mondialisation

Bien qu’elle connaisse de multiples définitions, nous pouvons définir la mondialisation comme le processus d’intégration des nations dans un espace économique mondial qui tend à échapper aux régulations étatiques nationales.

Présentation de Stiglitz

Analyste et pourfendeur du fanatisme du marché, Joseph Stiglitz a écrit une œuvre théorique importante. Il a contribué à fonder l’économie de l’information puis la nouvelle économie keynésienne. De 1992 à 1997, il fut membre, puis président du Conseil des consultants économiques (Council of Economic Advisers) du président Bill Clinton à partir de 1995. Stiglitz fut également, entre 1997 et 2000, vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale. Par ailleurs, il est professeur à l’université de Columbia depuis 2001, et a reçu le prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel.

Contenu et explications

Les faits : une mondialisation qui profite aux plus riches

La mondialisation repose entièrement aujourd’hui sur le néolibéralisme et le fanatisme du marché. Selon Stiglitz, au lieu de permettre aux pays pauvres de s’extirper de leur condition, la mondialisation telle qu’elle est conçue et envisagée tend à se consacrer au service des pays qui la dirigent, en servant notamment de voie de transmission de la richesse des pays pauvres vers les pays riches. Il évoque d’ailleurs ce sujet dans son dernier livre, Un autre monde. Contre le fanatisme du marché.. De plus, celle-ci aggrave les inégalités et renforce les écarts déjà importants entre les riches et les pauvres, favorise les grands intérêts financiers et industriels aux dépens des citoyens, abolit la diversité culturelle et dégrade l’environnement. Mais au final, ce n’est pas la mondialisation en soi qui est à condamner, mais plutôt la manière dont elle est mise en œuvre et les organisations internationales qui en sont à l’origine.

En effet, les principaux organismes internationaux nés des accords de Bretton Woods (juillet 1944) ne correspondent guère aux intentions de leurs acteurs d’origine tels que Keynes, et n’ont de surcroît atteint aucun des objectifs qui leurs avaient été proposés. Pour preuve, ces organisations n’ont ni permis d’aboutir à une stabilité financière, ni assuré une éradication ou une réduction significative de la pauvreté. Pire encore, elles ont surtout contribué à enraciner les pays peu développés dans la misère. Ainsi, les programmes de réajustement structurel du FMI (Fonds Monétaire International) qui consistent à pratiquer une libéralisation des économies des pays qui y sont soumis, n’ont pas sorti les pays pauvres de leur situation précaire. Bien au contraire, les restrictions budgétaires imposées par cet organisme dans les pays asiatiques ou en Argentine par exemple ont provoqué une réduction des ressources destinées à l’éducation et aux programmes sociaux. De même, la politique monétaire menée par Allan Greenspan, ancien dirigeant de la Federal Reserve (dite « Fed »), est à l’origine, aux yeux de Stiglitz, de l’effondrement actuel du marché immobilier, dont les moins riches sont les premières victimes. Aux Etats-Unis, la déréglementation [1] appuyée sous le gouvernement Bush a considérablement accentué les problèmes financiers et attisé les scandales, tandis que seuls les riches essentiellement ont véritablement bénéficié des réductions d’impôts, au détriment d’une aide sociale déjà chichement mesurée pour les plus déshérités.

Causes

Cet échec retentissant s’explique par le fait que la scène internationale est largement dominée par les pays les plus développés et les Etats-Unis tout particulièrement, les entreprises multinationales et les grandes banques en fonction de leurs intérêts. Il apparaît donc nécessaire que la mondialisation soit intégralement repensée, d’après Stiglitz.

Les solutions préconisées par Stiglitz et leur base théorique

Au-delà de ces vives critiques, Stiglitz présente des solutions à ces difficultés rencontrées, d’autres voies. Après sa démission de la Banque mondiale, il a créé et préside le Initiative for Policy Dialogue, un organisme fondé à l’université de Columbia destinée à explorer les approches alternatives à la mondialisation et au développement. A côté des ses publications et interventions à caractère polémique, dont Tom Dawson, porte-parole du FMI, en était hautement outré, Stiglitz a produit une œuvre théorique majeure. Cette dernière lui a valu notamment la médaille John Bates Clark octroyée par l’American Economic Association, ainsi que le prix Nobel d’économie.

Depuis le commencement de sa carrière, Stiglitz est toujours resté intimement convaincu que le marché ne dispose pas des facultés d’autorégulation que la théorie néoclassique libérale lui attribue. Autrement dit, l’offre et la demande ne s’équilibrent jamais spontanément, même sous les hypothèses de concurrence pure et parfaite, et les interventions étatiques sont généralement bien plus efficaces que le marché laissé à lui-même.

Il semble fortement compromis de rendre compte des principales caractéristiques des économies contemporaines (chômage involontaire, rationnement du crédit, …) sans modifier l’analyse orthodoxe ; c’est-à-dire sans intégrer les imperfections du marché. Les contributions les plus importantes de Stiglitz concernent sans aucun doute l’économie de l’information. Il développe ainsi la théorie du screening, qui correspond à l’extorsion d’information par un agent moins informé à un agent mieux informé. Ses recherches sur l’économie de l’information et, de manière plus générale, son refus prononcé d’adhérer à l’hypothèse de l’efficacité des marchés, l’ont amené à élaborer la nouvelle économie keynésienne, qu’il définit ainsi :

« La nouvelle économie keynésienne commence avec les institutions de bases de Keynes. Mais elle reconnaît le besoin de s’écarter plus radicalement du cadre néoclassique et d’étudier beaucoup plus en profondeur les conséquences des imperfections sur les marchés de capitaux, imperfections qui peuvent être expliquées par les coûts de l’information ».

Conclusion

Joseph Stiglitz remet donc fortement en cause la mondialisation néolibérale, telle qu’elle est abordée de nos jours. Bien qu’elle ne puisse pas faire un objet de dénonciation en elle-même, la mondialisation est menée par des organisations internationales s’appuyant toutes sur le « consensus de Washington » : le néolibéralisme et le fanatisme du marché. De ce fait, elle n’est pas en mesure de lutter efficacement contre la pauvreté, et favorise les plus riches, aux dépens des plus démunis. La source du problème réside dans la profonde croyance aux vertus du marché attribuées par les néoclassiques libéraux, plus précisément la capacité d’autorégulation qui, selon Stiglitz, n’existe pas. Devant ses réticences relatives à l’admission de l’efficacité du marché, il a amorcé des recherches concernant la nouvelle économie keynésienne.


Pourquoi la mondialisation a-t-elle échoué ? par fbses


Notes

[1(Politique d’inspiration libérale visant à supprimer les règles imposées par l’Etat qui encadrent l’activité économique dans certains secteurs afin d’y développer la concurrence et l’activité)

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